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L'EMPREINTE DE GÓNGORA
" ... Góngora, père poétique
de Lorca... "
Israel RODRIGUEZ
Nous venons de voir comment, même si ce n'est pas toujours
en fonction de critères techniquement définis, et
quelle que soit la dénomination qu'on voudre bien lui attribuer,
nous avons affaire avec Lorca et ses amis à une véritable
génération littéraire, de par la communauté
de vues de la plupart de ses membres à propos de problèmes
touchant à la création artistique, sans oublier leur
attitude face à la vie et les liens d'amitié sincère
qui les uniront toujours. Cependant, cette profonde harmonie du
groupe n'exclut pas, on l'a vu également, des différences
de caractères chez les individus et dans leurs œuvres.
Leur " unité " foncière devait donc, pour
être clairement et publiquement exprimée, trouver le
ciment adéquat, et ce rôle fut dévolu pendant
quelque temps à la figure de don Luis de Góngora.
Est-ce à dire que, chez Lorca tout au moins, la leçon
du Cordouan aurait été purement circonstancielle -
opportuniste, si j'ose dire - et, par conséquent, superficielle
? C'est à cette question que je vais maintenant essayer de
répondre. J'indique, sans plus tarder, et c'est un début
de réponse, que Lorca " connaissait " Góngora
au moins depuis 1918 ! Ce qui revient à dire qu'il a pu le
" rencontrer " au cours de ses études secondaires
à Grenade, ou, plus probablement, le " fréquenter
" à titre personnel. En effet, le nom de l'auteur des
Soledades apparaît pour la première fois dans
Impresiones y paisajes avec une nette allusion à certains
vers de don Luis. Nous sommes donc très loin, en 1927, d'une
soudaine " afición " teintée d'opportunisme,
et mon but est de montrer au contraire que le néo-gongorisme
lorquien, de par les traits mêmes de son assimilation, est
d'une sincérité au-dessus de tout soupçon.
Peut-être cette sincérité est-elle d'ailleurs
plus grande, parce que plus visible et plus réelle, chez
lui que chez les autres membres de la génération.
On sait que Cal y canto, de Rafael Alberti, porte la trace
de Góngora, tout comme la Fábula de Equis y Zeda
de Gerardo Diego; nous allons y revenir. On sait peut-être
un peu moins que Miguel Hernández sera, lui aussi, mais avec
un retard logique, porteur de gongorisme dans Perito en lunas.
En tout cas, pour ce qui est des " deux disciples " de
Góngora - Diego et Alberti-, l'influence gongorine paraît
assez localisée dans le temps (1927 seulement, d'après
Alberti) et dans la production des deux poètes (une œuvre
chaque fois). Il s'agirait donc là d'une action ponctuelle
que l'on peut découvrir, sous des plumes moins célèbres,
ou, plus simplement, avec des ambitions moindres, dans d'autres
œuvres de la même époque. Et je crois qu'il sera
intéressant de s'arrêter précisément
sur quelques unes de ces compositions qui offrent pour nous l'avantage
de se retrouver, unies dans un même dessein, sous la couverture
bleue aux caractères noirs de Litoral. Cette limitation
que je m'impose afin de mieux souligner ce que l'influence de Góngora
- aussi diluée soit-elle - a de permanent dans l'œuvre
de Lorca, ne doit pas nous faire oublier que d'autres poètes,
au même moment, s'adonneront à un néo-gongorisme
très passager, soit au travers d'hommages à don Luis
publiés dans d'autres revues, soit même à l'intérieur
de tel ou tel recueil poétique.
Voici donc le sommaire du numéro de Litoral consacré
à l'auteur des Soledades, exception faite de diverses
reproductions et des dessins, ainsi que de la partition musicale
composée par Manuel de Falla pour le sonnet de don Luis:
" ¡ Oh excelso muro, oh torres coronadas ! ":
pp. 5-10, Soledad tercera (fragmento) de Rafael Alberti
pp. 11-13, Adolescencia, Idea, Noche de Vicente Aleixandre
pp. 15-18, Poema del agua (fragmentos) de Manuel Altolaguirre
p. 19, Décima de José Bergamín
pp. 21-23, Cacería de Rogelio Buendía
p. 24, Poesía de Luis Cernuda
pp. 25-28, Fragmento de la Fábula de Equis y Zeda
de Gerardo Diego
pp. 29-30, Romance de los molinos de Eugenio Frutos
pp. 31-35, Muerto de amor de Federico García Lorca
p. 34, Romance de Pedro Garfias
p. 35, " En honor de Don Luis de Góngora "
de Jorge Guillén (10)
pp. 37-40, A orillas de la luz de José María
Hinojosa
pp. 41-42, Centenario de Juan Larrea
pp. 43-44, Contra presagio, Ilusión de José
Moreno Villa
pp. 48-50, Noche en urna de Emilio Prados
pp. 51-55, Baladas para acordeón de José
María Quiroga Plá
p. 57, Al Guadalquivir de Joaquín Romero y Murube
pp. 58-60, Arco iris de Adriano del Valle
On le voit, les célébrités littéraires
de l'époque y côtoient des poètes beaucoup moins
connus hors des cercles intellectuels. Mais, surtout, s'y trouvent
réunis, de façon très commode pour le critique,
des témoignages de ce que fut le néo-gongorisme pour
la quasi-totalité des membres de la génération
qui nous occupe. J'entends par là que nous sommes en droit
d'attendre de l'étude de ces compositions plus ou moins brèves
la mise en relief de ce qui, chez Góngora, avait le plus
attiré les nouveaux poètes. Cela dit, les multiples
aléas du moment ayant pu empêcher l'un ou l'autre d'entre
eux de collaborer de la façon la plus circonstancielle possible
à la publication dudit hommage, il n'est point étonnant
d'y relever souvent des pièces qui n'ont rien de gongorin.
C'est le cas du dizain de Guillén qui, en revanche, avait
envoyé pour le numéro 4 de la même revue un
Poema dont la troisième strophe attire immédiatement
l'attention car il est facile d'y reconnaître un gongorisme
" à rebours ".
¡ Qué importa que la anécdota no alumbre
jamás estas figuras, sí, creadas,
soñadas no, por nuestros dos orgullos !
Le reste n'ayant aucun rapport avec Góngora,
on voit déjà que Guillén ne semble avoir été
" influencé " que très ponctuellement.
Les collaborations de Luis Cernuda - toujours aussi personnel -,
de Eugenio Frutos et de Rogelio Buendía (frappées
au coin du " cracionismo "), pas plus que celles de Larrea
ou de Moreno Villa, ne sont néo-gongorines, si l'on veut
bien considérer que les marines qui leur servent de décor
ne rappellent pas exclusivement l'arrivée du célèbre
naufragé de la Soledad primera. En revanche, et
assez curieusement chez un écrivain surtout connu pour sa
prose, la Décima de Bergamín renferme une
hyperbate à mettre, évidemment, sur le compte d'une
œuvre de circonstance:
Caída, la excelsitud,
Mensajera no es, oscura.
Ici, comme chez Guillén tout à
l'heure, l'artifice de l'exemple unique est incontestable et significatif.
Tel n'est pas exactement le cas du Poema del agua de Manuel
Altolaguirre où un effort plus soutenu - preuve d'un intérêt
plus grand et d'une plus franche pénétration ? - a
permis au poète de Málaga une approche plus estimable
du modèle gongorin, dans l'emploi de certains vocables caractéristiques
(“ Sobre coral y baile de sirenas “); ou bien dans l'utilisation
de tel verbe au sens typiquement gongorin (" mentir "):
Mienten las sumergidas ramas, cuando
sin ser raíces brotan bajo el suelo;
ou encore dans le décor évoqué (noche,
agua, soledad, bailes...), et surtout dans plusieurs passages où
la syntaxe de don Luis est assez fidèlement imitée.
Par exemple dans des hyperbates qui auront été, d'assez
loin, la figure gongorine la plus remarquée par les poètes
de 1927, probablement à cause de sa fréquence et de
sa relative " facilité ":
Las que a los bordes humedecen tierras,
mate blandura a márgenes cediendo..,
et plus loin:
Turbios verdes profundos barcos mecen
desorden de tormenta presintiendo...
Mais tout cela est assez loin de la réussite
réelle - tout est, cependant, relatif, surtout dans une tentative
déclarée d'imitation - que représente la Soledad
tercera de Rafael Alberti. En effet, ce long poème remplace,
dès son inclusion dans Cal y canto, l'indication
" (Fragmento) " par le sous-titre significatif
" (Paráfrasis incompleta) ". Tout aussi
significatif est le fait que le poète de Puerto de Santa
María, après l'avoir envoyé à Litoral,
l'ait repris - avec quelques variantes négligeables - dans
l'un de ses recueils. Manifestement, il était satisfait du
résultat obtenu. Cette " paraphrase incomplète
", qui reprend, dans son aspect narratif, l'anecdote de la
Soledad primera de Góngora tout en la réélaborant
sous une forme condensée, nous offre, il est vrai, plusieurs
motifs de satisfaction, pour peu que l'on épouse les vues
de son auteur. Et, tout d'abord, il est évident qu'une version
en prose, à l'instar de celle que fit Dámaso Alonso
pour les Soledades, s'avère indispensable si l'on
veut en pénétrer le sens:
“ Le vent se lève agitant le feuillage et provoquant
le réveil d'un jeune voyageur assoupi sur une plage. Le vent
se matérialise en divinité des bois. Il invite le
jeune homme à pénétrer dans la forêt
proche. Les arbres, mus par le vent, ressemblent dans l'ombre à
une armée de guerriers silencieux qui agitent leurs armes.
Le poète exhorte le vent à servir de guide au voyageur
à l'intérieur de la forêt. Le vent devient violent,
souffle en bourrasque sur les arbres, et une averse " mitraille
" la terre. Puis la pluie se calme, le vent tombe, la clarté
de la lune et le chant du rossignol ouvrent des clairières
dans l'ombre. La pluie s'éloigne laissant le paysage baigné
de fraîcheur, pendant que la frondaison se mettra à
jouer de la musique et à danser pour le jeune homme. Des
nymphes l'encerclent en dansant, lui offrent en chœur d'être
le seigneur de ces lieux, et lui promettent l'amour. Mais, au moment
où le cercle enthousiaste des nymphes menace de l'étouffer,
le vent, toujours là, fait apparaître un éclair
qui les disperse. Pour lui échapper elles reprennent la forme
d'arbres “.
Une évidence s'impose: nous sommes loin de la relative "
richesse " narrative de l'œuvre gongorine. Alberti ne
pouvait reprendre le contenu de 1091 vers en 132 seulement. Il s’est
donc limité à une réélaboration assez
statique de l'entrée du voyageur dans le forêt qui
lui permet d'introduire tel mythe classique, d'utiliser telle structure,
et de truffer le texte d'images complexes " à la Góngora
". Puis, l'arrivée du chœur, qui n'intervient chez
le Cordouan que vers la fin de sa Soledad, donnera à
l'ensemble de ce fragment une apparence de chose finie sans que
son créateur soit allé au-delà d'une simple
introduction. Ce sera bien suffisant: des " cultismes "
caractéristiques de Góngora (" nocturno ",
" joven ", " mentido ", " dulce ",
" columna "…); une vingtaine de mots " esdrújulos
" (" céfiro ", " música ",
" cítara ", " célica ", "
unísona ", " álgida "); des hyperbates
(" las de vidrio cornetas ", " al de una piedra sueño
", " la del viento lengua ", " de las ágiles
nieves mudo halago ", " al sin estrella nadador ",
et, ne pouvant les citer toutes, " los mentidos de las vírgenes
selvas gladiadores "); des périodes interminables (chacune
des 14 strophes est constituée d'une phrase, sauf l'ensemble
des onzième et douzième qui tiennent en une seule
!); des incises qui compliquent encore la syntaxe sans supprimer
des difficultés caractérisées (ici encore des
hyperbates):
................... un amarillo
de la ira unicornio, desnudada,
orgullo largo y brillo
de su frente, la siempre al norte espada,
.................................
.........., entró.............;
des images périphrastiques comme celles qui évoqueront
la ronde des nymphes, d'abord " sortija del ruedo ", ensuite
" áureo anillo "; des adjectifs doubles en position
gongorine:
Celosas ninfas, dulces ya...
bailadoras guirnaldas..,
... la silvestre, ruda,
mal fingida batalla..,
... à quoi bon insister ! Alberti aura même
trouvé le moyen, grâce à une splendide hyperbate,
d'évoquer cette sensualité dans laquelle baignent
les Soledades, sans oublier ce clin d'œil au lecteur
qu'accentue encore ici le thème traité:
Ven, que las oreades,
sirenas de los bosques, te requieren,
libre mancebo de la selva, y mueren
por sus virginidades
en los claros ceñirte y oquedades.
Il est temps de l'affirmer: de tous les poètes de la génération
de 1927 qui ont participé à cet hommage de Litoral
à l'auteur des Soledades, c'est Alberti qui a le
mieux compris la leçon du maître. Les autres, à
l'exception peut-être de Manuel Altolaguirre, n'ont guère
fait qu'inclure un gongorisme dans leur univers poétique
personnel, ou bien ils ont purement et simplement renoncé
à tout exercice d'imitation. Il faut, d'ailleurs, ajouter
que la Soledad tercera est vraiment l'exception par sa
qualité gongorisante, et ce, même au sein d'un recueil
comme Cal y canto dans lequel Alberti n'a pu introduire
une seule autre pièce de la même veine. C'est ainsi
que le sonnet Amaranta se présente avec, pour épigraphe,
une expression gongorine: " calzó de viento ",
extraite de la Fábula de Polifemo y Galatea (v.
66), et que le seul gongorisme de la pièce est précisément
celui-là: " La soledad... / calza su pie de céfiro...
", tout le reste étant d'une facture très classique.
De la même façon, le premier poème du livre
- un sonnet encore, intitulé Araceli - ne doit son
" air de famille " qu'à la répétition
incessante (trois strophes sur quatre) du même gongorisme.
Et l'on pourrait multiplier les exemples... Cela se passait en 1927,
en pleine euphorie néo-gongorine, et Alberti reconnaît,
lui-même, le caractère très ponctuel de cette
influence sur son œuvre et sur celle de Gerardo Diego, ainsi
que je l'ai déjà signalé. Mais peut-être
est-il temps de voir si le poète le plus protéiforme
de sa génération avait trouvé en Góngora
un attrait passager ou, au contraire, une source d'inspiration plus
longue à tarir.
Depuis que, au mois de mai 1927, les jeunes rénovateurs des
lettres espagnoles décidèrent d'unir leurs efforts
pour tirer l'auteur des Soledades de l'ostracisme dont
il était frappé - et d'où les philologues avaient
déjà commencé à le sortir - on n'a cessé
d'étudier son influence sur eux. Représentant le plus
illustre des nouvelles tendances Lorca devait forcément prendre
la tête du mouvement, et c'est ainsi que, dès le 13
février 1926, l' " Ateneo científico, artístico
y literario de Granada " inaugura le cycle de ses activités
avec la conférence du poète grenadin sur La imagen
de don Luis de Góngora, la seule de critique littéraire
qu'il nous ait laissée. Mais, soucieux d'œuvrer en faveur
de Góngora, il fit mieux encore. Aux pièces à
caractère imitatif par lesquelles les jeunes poètes
voulurent - d'une autre manière - manifester leur franche
adhésion à la commémoration du tricentenaire
gongorin, Federico ajouta, à l'instar de la Soledad tercera
de Rafael Alberti, une Soledad insegura - et incomplète
- publiée par Jorge Guillén, et reprise de façon
erronée, pour ce qui est de sa structure, dans plusieurs
éditions successives des Obras completas de Lorca publiées
par Aguilar. Enfin apparaissent, tout au long de son œuvre
poétique, différents traits de provenance gongorine.
Ainsi donc, d'abord critico-didactique, ensuite circonstancielle
et de type imitatif, et, enfin, définitivement assimilée
dans des poèmes au cachet lorquien caractérisé,
telles sont les trois apparences que prend la présence de
don Luis dans l'œuvre de Lorca. J'essaierai d'étudier
l'importance et le sens de cette présence dans ses diverses
manifestations.
Le poète mit trois mois à rédiger sa conférence,
son intention étant d'expliquer sérieusement les Soledades,
comme il le confia à son ami Guillén. Par ailleurs,
et cela ne fait aucun doute, il y prit un réel plaisir; pourtant,
quelques années plus tard, lors de sa parution dans la revue
Residencia, il devait émettre certaines réserves
qui en diminuaient la valeur, en même temps qu'elles révélaient
une ferveur gongorine quelque peu tempérée. Un tel
changement d'attitude, après tant d'enthousiasme, aurait
de quoi surprendre chez un autre; mais le poète fut, on l'a
vu, un adepte passionné de tous les courants littéraires
de son époque, et, entre ces deux positions, s'étaient
écoulées six années et plusieurs expériences
théâtrales et poétiques. Il semble donc logique
de rechercher le pourquoi de sa “versatilité”
dans la conférence elle-même et dans l'atmosphère
générale de ces années-là.
A en juger par les termes de la seconde des lettres à Guillén
citées plus haut, il semble que celui-ci n'ait été
pour rien dans la rédaction de la conférence. La seule
question est de savoir si Dámaso Alonso, qui apparaissait
alors déjà comme le grand spécialiste de Góngora
au sein de la nouvelle génération, a pu dans une certaine
mesure aider le poète. A moins de l'avoir fait oralement,
ou bien à travers une correspondance inconnue à ce
jour, l'hypothèse paraît insoutenable. Restent les
écrits; or une simple comparaison entre la conférence
de Lorca et l'étude préliminaire que Dámaso
Alonso écrivit pour la première édition critique
des Soledades en mai 1927 suffira à démontrer
que Lorca n'a pu avoir connaissance du texte d'Alonso, en supposant
que ce dernier l'eût déjà rédigé
plus d'un an avant sa publication. On peut donc considérer
la conférence sur Góngora comme un pur produit de
la sensibilité et de l'intelligence lorquiennes, assez éloigné
de toute culture linguistique spécialisée.
Pour son travail Lorca avait utilisé les textes gongorins
de l'édition de Foulché-Delbosc, et, malgré
ce qu'il semble affirmer à Guillén, on n'y trouve
pas seulement des références aux Soledades,
mais également au Polifemo, aux romances et à
un sonnet, quoique leur nombre soit plus réduit. Tout ceci
étant fort logique puisque les jeunes défenseurs du
poète baroque s'efforcèrent surtout de projeter le
plus de lumière possible sur les grands poèmes qui
avaient valu au Cordouan le surnom de " Príncipe de
las tinieblas ", et en particulier sur les Soledades,
très étudiées alors.
Je ne crois pas qu'il soit nécessaire de faire un examen
détaillé de la conférence pour ce qui est de
ses évidentes faiblesses. Elsa Dehennin l'a déjà
fait, et d'autres qui l'ont précédée. D'autant
plus qu'il s'agit, le plus souvent, de lapsus qui crèvent
les yeux ou de confusions sans réelle importance, comme celle
qui consiste à attribuer à la Soledad primera
ce qui appartient en réalité à la seconde;
ou encore à accorder trop généreusement à
un noble un titre qu'il ne mérite pas. En revanche, reste
posé le problème de quelques citations, très
brèves, sur lesquelles Lorca appuie sa thèse du poète
qui doit être " profesor en los cinco sentidos corporales
" et " abrir puertas de comunicación en todos ellos
" pour obtenir les images les plus réussies. Je fais
allusion à:
verdes voces
voz pintada, canto alado,
órgano de pluma,
ainsi disposées dans les O. C., le plus curieux étant
que Góngora n'a jamais rien dit de tel ! Elsa dehennin avoue
- page 131 de son livre - n'avoir pu les retrouver; et je n'ai guère
eu plus de chance. Si l'on écarte la possibilité d'erreurs
typographiques - assez énormes ! - dans l'édition
consultée par Lorca, il reste, à mon avis, deux hypothèses
que je me propose de défendre ou de justifier. Mais auparavant
je préciserai que, sans aucun doute, " voz pintada,
canto alado, órgano de pluma " ne constituaient pas,
pour le conférencier, deux vers gongorins - malgré
leur disposition typographique dans le texte publié - mais
trois exemples comparables, ainsi que nous le verrons plus loin,
à " verdes voces ", et présentés
ici dans le même but: vanter le " mélange "
des sensations dans la création des images les plus belles.
Donc, il est bien possible que, après avoir transcrit les
autres citations de sa conférence en leur lieu et place -
l'édition de Foulché-Delbosc à portée
de la main - Lorca ait eu besoin des exemples ci-dessus et, faute
de temps, les ait transcrits de mémoire. D'où les
" variantes " involontaires par rapport aux leçons
authentiques qui pourraient bien être les vers suivants:
(verdes voces): - " que les miente la voz, y verde cela, "
- Soledad primera, v. 588.
(voz pintada): - " pintadas aves, cítaras de pluma "
- Ibid., v. 556.
(canto alado): - " pájaro... / arco alado es del cielo
" - Ibid., v. 463.
(órgano de pluma): - " ... órganos de pluma "
- Soledad segunda, v. 523.
On relèvera que, hormis le pluriel, la dernière citation
est la seule intégralement reproduite par Federico, et la
seule qui, déjà chez Góngora, corresponde à
sa théorie puiqu'elle fusionne en une seule vision deux sensations
de distinctes provenances. Ma deuxième hypothèse est
donc, bien qu’assez étrange, plus satisfaisante: Lorca
a transformé volontairement les syntagmes gongorins. En réhabilitant
don Luis, la génération de 1927 avait glorifié
en lui tout ce qui, dans son art poétique, correspondait
aux tendances du nouveau lyrisme. Ce phénomène atteignit,
à l'occasion, un tel degré de " cécité
volitive " que quelques poètes " devinèrent
" chez le Cordouan des images et un monde qu'il n'avait jamais
imaginés ! Ainsi, par exemple, les créationnistes
Gerardo Diego et Guillermo de Torre, profitant de sa grande souplesse
syntaxique, purent arracher consciemment à ses vers des visions
qu'il n'avait, de toute évidence, jamais eues. En l’occurrence,
seule représente un réel intérêt l'élaboration,
consciente ou non, de " pintadas aves " et " arco
alado ", dont les nouvelles leçons - " voz pintada
" et " canto alado " - acquièrent, dans le
cadre de la thèse du conférencier (et des idées
esthétiques du poète) une valeur incontestable car
elles sont les modèles " gongorins " d'une infinité
d'images lorquiennes.
Voilà ce qu'est, en réalité, la conférence
sur Góngora: une justification revendicatrice de la poétique
de Lorca, et non, comme on a bien voulu le dire - ou le laisser
supposer - la preuve que Góngora a été l'inépuisable
source où Lorca se serait désaltéré;
ce qui ne signifie nullement que j'aie l'intention de rouvrir la
querelle sur les origines de telle ou telle " école
" littéraire dans l'Espagne du premier tiers de notre
siècle. J'affirme en revanche que, dans quelques-uns de ses
aspects les plus essentiels, l'art lorquien se trouvait bien d'invoquer
le parrainage gongorin. Voyons maintenant lesquels, et ce, sans
insister (sauf dans quelques cas bien précis) puisque ce
qu'il y a de plus évident a déjà été
suffisamment souligné dans d'autres études.
L'art poétique espagnol des années 20, au caractère
plastique profondément marqué (et basé sur
l’usage dominant de la métaphore, aussi bien par les
créationnistes que par les ultraïstes) ne pouvait que
se prévaloir du prestige des images gongorines créatrices
d'un monde qui touchait à l'irréalité, et dans
lequel le facteur narratif était escamoté. Cela dit,
et exception faite des tentatives, finalement assez rares, d'imitation
directe de la part des jeunes poètes, Lorca s'accomode mieux
que personne de ce parallèle avec Góngora, grâce
à l'emploi, courant chez lui, des structures classiques,
ce qui le distinguait de l'art formel plus anarchique de ses contemporains,
défenseurs des nouveaux " ismes ".
A part cette similitude de pure technique, les deux poètes
" maudits " - celui de Cordoue et celui de Grenade - se
rejoignent dans leur commune propension à fondre toutes les
parties de l'univers en des images surprenantes et pleines d'un
humour propre à don Luis, mais également cultivé
par Federico, dès son Libro de poemas - c'est-à-dire
bien avant la rafale néo-gongorine -, et par les tenants
de l'art nouveau. Voici comment Lorca parle, en 1920, d'un paysage
nocturne:
Ha roto la armonía
de la noche profunda
el calderón helado y soñoliento
de la media luna….
y un chopo solitario - el Pitágoras
de la casta llanura -
quiere dar con su mano centenaria
un cachete a la luna. |
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La dernière de ces deux images, tirées de El concierto
interrumpido se révèle, dans sa vision cosmique,
aussi riche d'ironie que celle où une grotte apparaît
à Góngora comme un " formidable de la tierra
bostezo "; et il est remarquable que, dans les deux cas, les
deux poètes partent d'une base parfaitement réaliste:
superposition visuelle d'un arbre sur le disque ou le croissant
lunaire d'abord, assimilation de l'obscure ouverture à une
bouche grande ouverte ensuite. Deux transfigurations littéraires
qui - faut-il le préciser ? - n'ont rien de typiquement gongorin;
et il conviendrait de dire la même chose au sujet de l'importance
que Góngora et Lorca accordent à l'infiniment petit,
aux êtres les plus humbles de la nature, selon une attitude
que Federico a très bien pu hériter de son ascendance
grenadine et de ses déambulations à travers la "
vega ", mais qu'il a pu tout aussi bien trouver chez un écrivain
comme Soto de Rojas ou encore dans le folklore andalou.
Les choses ne sont pas toujours vues avec la même désinvolture
ou la même minutie; les deux poètes traitent alors
de préoccupations humaines plus contraignantes. C’est
le cas de la sensualité dans laquelle baigne plus d'une évocation.
Il suffit de parcourir la Soledad primera, par exemple,
pour réaliser que la citation alléguée par
Lorca dans sa conférence (métaphore du baiser) n'était
pas la seule possible:
No a las palomas concedió
Cupido
juntar de sus dos picos los rubíes,
cuando al clavel el joven atrevido
las dos hojas le chupa carmesíes.... |
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Eh bien, à ce que le conférencier appelle " sensualité
florale ", et dont le principal agent actif est chez Góngora
la vue, Federico ajoute un facteur essentiel, le toucher, qui ne
peut que l'exacerber. Ici aussi les exemples abondent; contentons-nous
de citer le plus célèbre et admirons le résultat
obtenu:
En las últimas esquinas
toqué sus pechos dormidos,
y se me abrieron de pronto
como ramos de jacintos. |
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La comparaison de cet extrait de La casada infiel avec
la symphonie de couleurs que constituent les vers dédiés
par Góngora à la description de la jeune épousée,
quelques instants avant que ne commencent les chœurs, met en
évidence la différence fondamentale qui, dans l'expression
de leur sensualité, sépare les deux poètes:
... la que en sí bella se
esconde
con ceño dulce, y, con silencio afable,
beldad parlera, gracia muda ostenta:
cual de el rizado verde botón donde
abrevia su hermosura virgen rosa,
las cisuras cairela
un color que la púrpura que cela
por brújula concede vergonzosa (v. 724-731). |
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La métaphore gongorine atteint souvent une efficacité
si grande qu'elle débouche sur la création de nouveaux
mythes. C'est ce qui se produit avec la nature, grâce à
ce que nous pouvons appeler le pouvoir " mythificateur "
du langage. Lorca obtient exactement le même résultat
tout au long du Romance sonámbulo, en pleine période
d'admiration gongorine, mais aussi dès ses premiers écrits
poétiques. Voici avec quelle agilité verbale il invente
le mythe de la naissance du bouc:
¡ Machos cornudos
de bravas barbas !
¡ Resumen negro a lo medieval !
Nacisteis junto con Filomnedes
entre la espuma casta del mar,
y vuestras bocas
la acariciaron
bajo el asombro del mundo astral. |
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Il ne sera pas, je crois, inutile d'observer ici une pause. Parlant,
au cours de sa conférence, de l'une des raisons qui rendent
difficile la poésie gongorine, Lorca se réfère
à l'élaboration du mythe de Bacchus et Cissos dans
la Soledad segunda, en insistant sur l'aspect allusif quelque
peu fuyant de la métaphore qui la rend " solamente comprensible
a los que están en el secreto de la historia ". Le même
problème se pose avec le bouc lorquien. Une fois établie
l'identité Filomnédés-Vénus - ce qui
n'est déjà pas à la portée du commun
des lecteurs, même si leur culture générale
est satisfaisante -, il reste qu'on ne peut trouver trace nulle
part, à propos de ces sympathiques cornus, d'une naissance
qui, à l'instar de celle de la déesse de l'Amour,
aurait eu lieu " entre la espuma casta del mar ". Que
s'est-il donc passé ? En faisant une très complète
évocation de l'animal, sous ses aspects traditionnels, ce
qui a le plus retenu l'attention de Lorca c'est son tempérament
amoureux:
Tu sed de sexo
nunca se apaga;
¡ bien aprendiste
del padre Pan ! (v. 24-27). |
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Aussi, en le présentant comme le plus grand séducteur
- " alter ego " de Vénus - fait-il de celle-ci
et de celui-là, la " sœur " et le " frère
" nés de la mer fécondée par le sperme
d'Uranus !
¡ Cuántos encantos
tiene tu barba,
tu frente ancha,
rudo Don Juan ! (v. 13-16). |
|
Cette façon de traiter la mythologie constitue l'un des éléments
qui rendent inévitable la filiation Góngora-Lorca
en les classant parmi les poètes pour minorités choisies.
Et, en soulignant que " a Góngora no se le puede entender
de ninguna manera en la primera lectura ", Federico se plaçait
implicitement aux côtés de ces poètes qui, pour
être compris, exigent du lecteur " estar iniciado en
la Poesía y tener una sensibilidad preparada por lecturas
y experiencias ". C'est cela qui, me semble-t-il, rapproche
le plus les deux poétiques, celle du Góngora des grands
poèmes et celle du Romancero gitano dont les anecdotes, cachées
par l'étrangeté des images, rappellent l'élaboration
gongorine de quelques thèmes, lorsque le poète, procédant
par allusions, " pone a los mitos de perfil, y a veces sólo
da un rasgo oculto entre otras imágenes distintas ",
obtenant ainsi que la narration soit " como un esqueleto del
poema envuelto en la carne magnífica de las imágenes
" sans autre but que de préserver un minimum d'unité.
En résumé, après avoir rappelé que toutes
ces citations ont été puisées dans le texte
de la conférence publié par les O. C., et en répétant
que j'ai seulement voulu attirer l'attention sur des aspects peu
étudiés ou ignorés dans les précédentes
études sur le thème, on peut dire que Góngora
et Lorca ont un tempérament assez semblable (humour, sensualité...)
et des préoccupations identiques quant à leur idéal
de poésie: importance de l'image, transfiguration de la nature....
Mais rien qui permette de conclure à une influence claire
et nette du premier sur le second. On peut néanmoins affirmer
que Lorca a vu dans Góngora l'attrayant reflet de ses propres
idées sur l'art. A ce stade il est bon de remarquer l'absence
presque totale, dans la conférence, d'une étude linguistique
de la poésie gongorine; c'est à peine si l'on y trouve
quelques mots pour souligner que, pour ce qui est des phrases de
Góngora, " con ordenarlas como se ordena un párrafo
latino, quedan claras ", et avant de conclure, pour mettre
en relief la vague vertu des " choques de consonantes "
et la division, quelque peu simpliste, entre vers courts et vers
longs. Tout ceci constitue déjà un début d'explication
au changement qui allait intervenir peu de temps après dans
l'attitude de Lorca vis-à-vis du gongorisme, et rendu public
en 1932.
Dans la lettre du 14 février 1927 déjà citée,
García Lorca écrivait à Jorge Guillén:
Ahora estoy haciendo una SOLEDAD que ya sabes empecé
hace mucho tiempo. Es lo que envío al homenaje de Góngora...
si me sale bien.
En effet, dans une lettre de mai 1926, Federico avait envoyé
à son ami quatre vers accompagnés de la précision
suivante: " Esto es de una Soledad que estoy haciendo en honor
de Góngora " (lettre n° 5 in O. C.). Si l'on considère
que les quatre vers en question font partie du second fragment transcrit
dans la lettre de 1927, il est logique de penser que Lorca travaillait
déjà à ce poème à la fin de 1925.
Par conséquent, il avait très certainement mené
de pair la rédaction de la conférence et la composition
de la Soledad dans laquelle il désirait probablement
mettre en pratique ses théories gongorines.
Une simple mais attentive lecture suffit pour remarquer que, s'il
est exact que les gongorismes sautent aux yeux, on n'éprouve
jamais cette impression d'ensemble franchement gongorine qui se
dégage de la Soledad tercera de Rafael Alberti.
Lorca lui-même se rendit parfaitement compte de cette insuffisance
dans une œuvre de caractère imitatif. D'où le
découragement qui transparaît dans sa lettre à
Guillén. Celui-ci lui conseilla-t-il de ne pas publier sa
Soledad ? Toujours est-il que, pour le numéro spécial
de la revue Litoral (octobre 1927) consacré à
Góngora, Federico envoya l'un de ses romances les plus mystérieux:
Muerto de amor. Ou bien il n'était pas satisfait
de sa Soledad insegura - au titre significatif ! -, ou
bien il ne se sentit même pas le courage de la terminer. Quoi
qu'il en soit, une étude de quelques aspects du poème
nous renseignera sur le degré de réussite de l'imitation.
Elsa Dehennin l'a déjà remarqué: Lorca semble
avoir rejeté la combinaison métrique avec heptasyllabes
et hendécasyllabes. Je crois que l'abandon du " quebrado
" ne répond pas à une solution de facilité.
Il est probable que, en période de vers long et libre, le
poète avait suivi son penchant naturel du moment. Il est
également possible qu'il ait transcrit pour Guillén
des fragments dépourvus de vers courts. De telles tirades
de onze, douze ou vingt-trois vers hendécasyllabes (et plus)
sont fréquentes dans les Soledades. Cependant, et
pour m'en tenir aux certitudes, je dirai que le rythme monotone
- presque de romance - et privé de la musicalité que
confère la rime, n'a qu'un lointain rapport avec celui de
son modèle. De plus, les typiques tournures qui caractérisent
la syntaxe gongorine sont ici très rares et toujours reconnaissables
- " faciles " - car artificiellement introduites dans
des périodes de langue " plate " éloignées
des interminables circonlocutions de don Luis. C'est ce qui se produit
avec les hyperbates “La sin brazos cordillera”, qui
conclut un quatrain sans difficulté grammaticale, et
Y si el centauro canta...
ondas recojan glaucas sus acentos,
|
|
située en position de difficulté unique. La différence
est vraiment grande avec la violence caractérisée
de l'hyperbate contenue aux vers 153-154 de la Soledad primera
!:
El que de cabras fue dos veces
ciento
esposo...........
|
|
Et encore est-il nécessaire de préciser qu'il ne s'agit
pas de l'exemple le plus épineux. Le même type de réserve
s'impose lorsque nous observons les contre-positions utilisées
par Lorca dans son exercice d'imitation. Par exemple les antithèses
lexicales obtenues dans le syntagme: “ Pez mudo por el agua
de ancho ruido”, ainsi que dans le suivant: “ los peces
mudos hablan”. Ou encore la structuration à deux membres
des deux derniers vers du fragment " Lirios de espuma cien
y cien estrellas ":
(donde el agua se vuelve)
collar de llanto a las arenas finas
volante a la sin brazos cordillera.
|
|
Dans le premier cas fait évidemment défaut la qualité
expressive due à une position dûment étudiée
qui, seule, pourrait mettre en relief l'opposition des vocables.
C'est ce que fait Góngora au vers 197 de la Soledad primera:
“ Muda la admiración, habla callando “ ou dans
la symétrie tout aussi efficace du vers 251: “ Negras
pizarras entre blancos dedos “. Quant à la deuxième
construction évoquée ci-dessus (je veux parler de
cette " bimembración distribuida en dos versos "
que Dámaso Alonso étudie en appendice de son étude
sur La simetría bilateral dans ses Estudios
y ensayos gongorinos, pp. 165-173), il faut bien reconnaître
que les vers lorquiens souffrent d'un déséquilibre
métrique - ou, si l'on préfère, d'un défaut
de symétrie - qui n'est jamais, ou presque, le fait du Cordouan.
Cela est particulièrement visible dans les vers 536-537 de
la Soledad primera, où l’on peut relever,
en même temps que deux hyperbates typiquement gongorines,
un bel exemple de structuration à deux membres étalée
sur deux vers:
el fresco de los céfiros
rüido,
el denso de los árboles celaje.
|
|
Il est, par ailleurs, bien inutile de rechercher dans la Soledad
insegura des cultismes syntaxiques tels qu'accusatifs grecs ou ablatifs
absolus. Et encore moins des tournures stylistiques plus complexes,
par exemple du type " A si no B " (64), car il n'y en
a pas. En revanche, Federico a essayé d'introduire dans son
poème d'autres tournures gongorines plus simples, comme dans
le passage suivant:
Palabras de cristal y brisa oscura,
redondas sí, los peces mudos hablan.
|
|
Or, ce " redondas sí " devrait, par rapport au
vers précédent, jouer le rôle de formule adversative
complétée dans la poétique gongorine par une
négation, ainsi qu'il apparaît dans les vers 117-118
de la Fábula de Polifemo y Galatea:
Verde el cabello, el pecho no escamado
ronco sí,.....
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ou bien aux vers 171-173 de la Soledad primera:
De trompa militar no............
......... fue el sueño interrumpido;
de can sí,........................
|
|
Chez Lorca, rien de tout cela. Au lieu de souligner une opposition
ou une divergence de concepts, le " redondas sí "
ne fait que compléter l'ensemble de la métaphore.
Lorca n'aurait-il pas compris la leçon gongorine ? Peut-être.
Et il est également possible qu'il n'ait vu que des formules
isolées, belles ou curieuses en soi, là où
il y avait en réalité des constructions syntaxiques
plus complexes. Cela expliquerait qu'il les ait utilisées
bien différemment.
Je signalerai au passage, mais sans trop y insister, la présence
dans la Soledad insegura de quelques termes qui, à
l'époque de Góngora, eussent été des
cultismes: " penetrar ", " lascivo ", "
fingir ", " náufrago "... constituent - comme
le dit Lorca - " una de las causas que hacían a Góngora
oscuro para sus contemporáneos " mais qui " ha
desaparecido ya. Su vocabulario, aunque sigue siendo exquisito,
no tiene palabras desconocidas ". Bien plus intéressant:
sous la plume de Federico existent quelques exemples de ces superpositions
de sensations dont il parle dans sa conférence. Nous sommes
dans le domaine de la synesthésie dont la présence
tout au long de son œuvre constitue l'un des traits les plus
lorquiens qui soient, ainsi que nous l'avons vu plus haut. "
Brisa oscura ", " verde tacto " ou " ancho ruido
" sont du Lorca plutôt que " du Góngora ".
Pour en finir avec l'aspect formel de la Soledad insegura
j'indiquerai l'enjambement, également gongorin, qui consiste
à séparer - en leur donnant davantage de relief à
la fin d'un vers et au début du vers suivant, et en supprimant
la conjonction - les deux qualificatifs d'un même substantif:
Pez mudo.......................
.... se bañaba en el temblante
luminoso marfil...
|
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Góngora, lui, avait dit:
... cual mancebos tejen anudados
festivos coros...
|
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aux vers 332-333 de la Soledad segunda;
declina al vacilante
breve esplendor de mal distinta lumbre
|
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aux vers 57-58 de la Soledad primera; puis
Al son pues deste rudo
sonoroso instrumento...
|
|
aux vers 254-255 de cette même Soledad. Et l'on pourrait
multiplier les exemples...
Si la forme révèle l'intention évidente, mais
pas toujours couronnée de succès, d'imiter la langue
de Don Luis, le fond, en revanche, baigne - sans jeu de mots ! -
dans un climat gongorin plus fidèle à l'original.
Si l'on veut bien accepter la construction que je me suis permis
de suggérer en note 60, nous nous trouvons devant une narration
incomplète et discontinue qui nous met successivement en
présence de Vénus (troisième fragment), d'un
ouvrage bizarre ensuite (deuxième fragment), et pour finir,
de l'inévitable naufragé, héros des Soledades
(dernier vers du premier fragment), qui, alors qu'il se dispose
à prendre la parole, au milieu d'une nature baroque, disparaît
malheureusement pour nous. En dehors de ces trois séquences
- dont il sera impossible de fixer définitivement la succession
chronologique tant que l'on ne connaîtra pas le reste du poème,
s'il existe - la suite s'inscrit dans le cadre d'une préoccupation
typiquement lorquienne, propre à presque toutes les pièces
du Romancero gitano, à savoir ce que j'ai qualifié
de " localisation spatio-temporelle ". Pour ce faire,
Lorca se sert de la tendance gongorine qui favorise le plus son
caractéristique penchant au mystère: l'allusion mythologique
et l'élaboration des mythes. " Lo que sí es difícil
es la comprensión de su mundo mitológico. Difícil
porque casi nadie sabe mitología... ", dit-il dans sa
conférence, avec la ferme intention (dissimulée pour
l'instant) de montrer dès que possible que l'on pouvait aller
plus loin dans la voie qu'il avait empruntée quelques années
auparavant pour procréer le Macho cabrío.
Et on aurait tort de croire qu'il s'agit d'une affirmation gratuite;
Lorca avait étudié sérieusement la Théogonie
d'Hésiode (œuvre citée dans sa conférence),
et il est raisonnable de supposer, comme nous l'avons vérifié
à plusieurs reprises, qu'il y a trouvé les éléments
indispensables pour asseoir les évocations mythologiques
qui enrichissent sa poésie.
Ces images sont très nombreuses dans la Soledad insegura
où l'on trouve aussi bien de claires personnifications de
la Nature - Filomela, Favonio, Tetis - que des apparitions d'êtres
mythologiques - le centaure, Vénus - ou encore des élaborations
très poussées de tel ou tel mythe. C'est d'ailleurs
ce qui se produit à la fin du troisième fragment:
El cielo exalta cicatriz borrosa,
al ver su carne convertida en carne
que participa de la estrella dura
y el molusco sin límite de miedo.
|
|
Il fait nuit. Vénus, née des flots, arrive sur une
côte inconnue. Les sept vers qui précèdent relatent
l'intrusion de la belle déesse dans un milieu tout à
fait favorable. La nuit, la mer calme - " yerto gigante sin
latido " - l'accueillent avec le respect qui lui est dû,
et le ciel lui-même participe à l'admiration éprouvée
à la ronde en rehaussant les mérites d'une curieuse
cicatrice. Curieuse pour qui ignorerait le mythe de la naissance
de Vénus que nous avons évoqué il y a peu de
temps. Le ciel donc - Uranus - est en train d'admirer cette femme
née de sa propre chair et qui, par naturelle filiation, doit
quelque chose aux étoiles (son père, le ciel) et aux
animaux marins (sa mère, la mer). C'est avec une satisfaction
bien compréhensive que Federico écrira à Guillén
- lettre n° 19 - : " ¿ Verdad que ésta es
una bonita alusión al mito de Venus ? ". Et rien dans
la forme ne révèle une quelconque influence gongorine.
Ceci est du Lorca, rien que du Lorca.
Arrivés au terme de notre rapide parcours à travers
le monde de la Soledad insegura, nous sommes en droit d’affirmer
que notre première impression en a été confirmée.
Bien qu'il ait parsemé sa Soledad de plusieurs gongorismes
lexicaux ou syntaxiques - certains du meilleur effet - Lorca n'a
pas réussi à nous donner un ensemble gongorin, car
la langue manque totalement de cette variété des périodes
et de cette complexité stylistique que la relative rigidité
du quatrain - souvent divisé en deux parties comme dans les
pièces du Romancero gitano - ne pouvait sauvegarder,
malgré l'utilisation de l'hendécasyllabe. Le fond
eut été, à n'en pas douter, plus dans la manière
du poète de Cordoue si Federico n'avait été
découragé par les obstacles linguistiques - assez
éloignés de son propre univers poétique - au
point de jeter, peut-être, sa Soledad insegura dans
la corbeille à papier.
L'étude de la conférence, dans ses aspects les moins
éclairés par la critique, et de quelques points caractéristiques
de la Soledad insegura nous conduisent forcément
à penser que ce qu'il y a de plus gongorin chez Lorca, c'est
probablement son idéal poétique - du moins celui des
années 20 -, si proche de celui de Góngora, et aussi
une commune idiosyncrasie andalouse qui devait inévitablement
" rapprocher " les deux hommes. En revanche, ce qu'il
y aurait de plus étranger pour Lorca, dans la poétique
gongorine, ce serait sa langue. Rien que de très normal:
qui, en effet, pourrait imaginer que, en dehors de quelques expériences
circonstancielles, un poète du XX° siècle puisse
s"exprimer comme le rénovateur du lyrisme espagnol au
début du XVII° ? Et pourtant il convient de se rendre
à l'évidence: dans l'œuvre poétique de
García Lorca on trouve divers exemples de gongorismes authentiques,
parfaitement assimilés pour la plupart. Il paraît donc
difficile d'accepter les conclusions, invariablement négatives,
auxquelles sont parvenus tous ceux qui ont étudié
les deux œuvres afin de découvrir une possible influence
de Góngora sur Lorca.
Pour étayer mon point de vue j'utiliserai une série
de traits linguistiques relevés sans aucune intention de
recherche systématique, et encore moins exhaustive. Ils appartiennent
pour la plupart au Romancero gitano, au Diván
del Tamarit, et à quelques poèmes isolés,
c'est-à-dire des œuvres postérieures à
1925. Et cependant il y en a aussi dans Canciones, dans
le Poema del Cante Jondo, et, surtout dans Libro de
poemas ! Je compte les présenter, chaque fois que cela
me sera possible, selon la chronologie connue - tout en sachant
qu'elle n'est pas toujours digne de foi -, afin d'avoir une plus
nette conscience du phénomène, et sans qu'une possible
erreur de date, puisse revêtir un caractère de gravité
susceptible de tout remettre en cause.
Dans un poème de son premier recueil, Elegía,
le Grenadin fait la même utilisation que Góngora de
l'image d'un animal traditionnellement associé à la
femme: le cygne. C'est ainsi que l' Andalouse, frustrée mais
si désirable, sera pour lui " cisne moreno " (v.
29), alors que le Cordouan qualifie la " dama muy blanca vestida
de verde " de " cisne gentil ". Est-ce suffisant
pour parler de gongorisme ? Peut-être pas; mais il est assez
troublant de trouver à l'antépénultième
vers du même poème une hyperbate du plus bel effet:
De tus ojos saldrán dos
claveles sangrientos,
y de tus senos, rosas como la nieve blancas.
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Je sais bien que le rejet de l'adjectif est probablement dû
aux exigences de l'assonance, mais cela n'en est pas moins troublant,
d'autant que, vers la même époque (le poème
étant daté de décembre 1918), le poète
parlait déjà de Góngora, comme je l'ai indiqué
au début de ce chapitre. Il estégalement assez intéressant
de relever - toujours dans Libro de poemas - l'emploi particulier
de l'adjectif " nuevo ":
Un silencio hecho pedazos
por risas de plata nueva.
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Dérivé, ici, de sa première acception moderne,
il est utilisé par Góngora avec le même sens
figuré de " tierno, joven, recién salido del
huevo " aux vers 258-259 de la Soledad segunda:
entre la verde juncia,
sus pollos éste al mar conduce nuevos.
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Avec Hora de estrellas nous allons parler d'une série
d'images stéréotypées, et d'un ton franchement
jovial, que Lorca a beaucoup employées et que Góngora
était loin de dédaigner. Voici donc les ânes
qualifiés de " Budas de la fauna " et le chemin
de " Flammarión de las pisadas " (respectivement
aux vers 44, puis 35-36), alors que pour don Luis le tournesol prend
des airs de " Matusalén de las flores ". L'identité
est totale, tout comme entre l'image suivante relative aux petits
cours d'eau
La sierra......
las canas greñas de nieve
suelta en trenzas de cristal,
arroyos que ignoran breves
la monarquía del mar..,
|
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et celle-ci, qui localise ailleurs les mêmes éléments:
“ La fuente no tiene trenzas “. On ne manquera pas de
remarquer à leur propos que ce qui, en revanche, les sépare,
c'est la " difficulté " de l'une opposée
à la " facilité " de l'autre. Celle de Góngora,
en effet, précisée par le déterminatif "
de cristal " et par l'apposition que constitue le vers suivant
( " arroyos... "), est moins mystérieuse que celle
de Lorca. Quoi qu'il en soit, on peut parler ici de filiation directe;
et ce, bien que de telles images - quelque peu modifiées
- puissent apparaître sous des plumes d'un prestige beaucoup
plus discutable: celle d'un Gregorio Martínez Sierra en l'occurrence.
Quant au doute (?) il est encore moins de mise concernant la magnifique
- et si gongorine - vision de la gitane Estrella se mirant dans
l'eau:
Me ofreces en tu cuerpo requemado,
el divino alimento
que da flores al cauce sosegado
y luceros al viento.
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Nous avons là, en fait, l'une des deux ou trois images gongorines
les plus parfaites de toute la poésie lorquienne. Et n'oublions
pas que ceci fut écrit en 1920 ! Rien n'y manque: la sensualité
visuelle de don Luis, avec ces fleurs (couleurs du corps féminin)
et ces étoiles (les yeux) - autres lieux communs, mais magnifiquement
élaborés par la magie verbale du poète de Grenade
-, et surtout la construction autour du verbe " dar "
frappée au coin du gongorisme le plus " classique ".
Il serait inutile de citer beaucoup d'exemples; en voici un tiré
d'un romance:
Discreciones leo a ratos,
y necedades respondo
a tres ninfas que en el Tajo
dan al aire trenzas de oro..,
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et un autre en provenance d'un sonnet:
Cuando salió bastante a
dar Leonora
cuerpo a los vientos y a las piedras alma....
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Et admettons que, s'il est vrai que Federico a pu s'inspirer d'autres
tableaux de Góngora d'une plastique aussi belle - car ils
ne sont pas rares dans son œuvre -, le " dar cuerpo a
los vientos " est très proche du " da luceros al
viento ".
Dans la pièce qui ouvre le Poema del Cante Jondo Lorca introduit,
en l’adaptant aux besoins de l’ouvrage, l’un des
thèmes essentiels de son univers poétique: l’élément
liquide.
Los dos ríos de Granada
bajan de la nieve al trigo,
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trait qu'il a bien pu dessiner après avoir lu ce qui suit:
“ Genil que de las nieves se desata “, ou bien:
Dulce arroyuelo de la nieve fría
bajaba mudamente desatado.
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Tout comme les vers
Su verde cabello el Betis
descubrió, y su barba undosa...
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ont pu lui inspirer cette image du même poème:
El río Guadalquivir
tiene las barbas granates.
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Encore que dans ce dernier cas " barba " puisse offrir
en Andalousie l’efficacité poétique de "
buey " ou " lengua ", ou même des " trenzas
" rencontrées plus haut, ce qui rendrait la source gongorine
plus douteuse, sans qu'on puisse l'écarter tout à
fait. Dilemme bien connu.., j'y reviendrai dans un instant.
On peut également trouver, dans l'une des Canciones,
la possible élaboration d'une image de la Soledad primera:
“ el tronco mayor danza en la ribera “ (v. 672). Il
s'agit d'une scène de fête champêtre, et cet
arbre, qui prend part à la liesse générale,
a un air de parenté évident avec ceux que nous allons
voir apparaître, dansant et invitant une femme à profiter
des jours heureux:
En el soto,
los alamillos bailan
uno con otro.
|
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Mais, dans le même livre, un exemple bien plus probant, une
autre de ces Canciones, intitulée d'ailleurs Arbol de canción
(88), commence ainsi: “ Caña de voz y gesto “.
Elle met en scène un roseau qui se balance au gré
du vent (" gesto "), et " chante " par la même
occasion (" voz "). Bien sûr, Lorca n'avait pas
besoin de Góngora pour connaître le mythe de la transformation
en roseau de la nymphe Syrinx pour échapper à Pan
qui eut alors l'idée de " sa " flûte. Il
n'empêche que les derniers octosyllabes du romance n°
91 de don Luis ne semblent pas être étrangers à
la synesthésie lorquienne - et non gongorine ! -:
Esto Felicio cantaba
al dulce doliente son
de ninfa que ahora es caña,
de caña que ahora es voz.
|
|
Publié en 1928, le Romancero gitano fut, en grande
partie, écrit en pleine période d'activité
néo-gongorine; il n'est donc pas surprenant que l'on puisse
y relever les preuves les plus nombreuses de la présence
- possible ou évidente - de Góngora. J'essayerai de
les rassembler de façon à mettre en relief les différentes
directions suivies par Federico en fonction du matériel qui
s'offrait à lui.
D'abord les tropes. La synecdoque " lana " pour "
ovejas " dans le romance Thamar y Amnón est
claire
Aire rizado venía
con los balidos de lana.
|
|
Il serait oiseux d'alléguer tel ou tel exemple gongorin,
car le choix est vraiment trop embarrassant. Tout aussi simples
sont la métonymie (" espadas " pour " soldados
") et la synecdoque (" crines " pour " caballos
") dans le dénouement du Martirio de Santa Olalla:
Y mientras vibra confusa
pasión de crines y espadas... (v. 47-48).
|
|
Que Lorca ait eu ou non présente à l'esprit - ou devant
les yeux - l'évocation gongorine
¡ Oh siempre gloriosa patria
mía,
tanto por plumas cuanto por espadas !
|
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du sonnet " ¡ Oh excelso muro, oh torres coronadas !
" importe peu; l'empreinte de Góngora, consciente ou
non, est incontestable. Il en est de même avec cette métaphore
où le sang devient corail:
Corales tibios dibujan
arroyos en rubio mapa.
|
|
Don Luis avait dit:
..... fieras... que...
muertas...
espumoso coral le dan al Tormes.
|
|
Il est tout aussi difficile de penser que les vers 838-840 de la
Soledad segunda:
... los filos con el pico prevenía
de cuanto sus dos alas aquel día
al viento esgrimirán cuchillo vago
|
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ne sont pour rien dans l'aspect inquiétant de ces anges qui
hantent le paysage de Reyerta, armés comme il sied
à tout bon “ caballista “ ou “ bandolero
“:
Angeles con grandes alas
de navajas de Albacete (v. 15-16).
|
|
Quant à la vision gongorine de la " ráfaga o
cabellera de luz que deja tras sí el cohete al ir por el
aire ":
Mudas lenguas en fuego llovió
tanto,
que adulada la noche deste fuego,
no echó menos las joyas de su manto,
|
|
que dire si ce n’est que ces " langues " pouvaient
être les queues d'étoiles filantes apparentées
aux rafales et autres phénomènes atmosphériques
qui accompagnent un personnage lorquien:
San Cristobalón desnudo
lleno de lenguas celestes... .
|
|
Les images de Lorca qui mettent en relief la puissance hyperbolique
de la voix humaine atteignent souvent une beauté peu ordinaire.
Ici, à l'occasion d'une mort, se brisent les miroirs, témoins
de la vie:
Siete gritos, siete sangres,
siete adormideras dobles,
quebraron opacas lunas
en los oscuros salones.
|
|
Dámaso Alonso a signalé le même phénomène
dans la poésie de don Luis:
... las tristes piadosas voces
que los firmes troncos mueven
y las sordas piedras oyen,
|
|
et il serait très facile d'en moissonner d'autres exemples
chez les deux poètes. Aussi sera-t-il plus intéressant
de souligner à nouveau le mystère dans lequel baignent
les évocations lorquiennes, et qui est totalement absent
de l'hyperbole gongorine. Plus directe encore paraît l'aveuglante
continuité entre la " luna de menguante plata "
du sonnet de don Luis dédié à la prise de Larache
et celle qui, par la volonté de Federico, distille sa pâle
lumière sur les toits de Grenade:
Ajo de agónica plata
la luna menguante, pone
cabelleras amarillas
a las amarillas torres.
|
|
Comme je l'ai indiqué plus haut à propos d'autres
livres, un certain nombre de vocables employés par Góngora
avec des sens assez particuliers apparaissent aussi dans le Romancero
gitano, et on ne pourra toujours attribuer leur présence
au plus pur des hasards. Voici, par exemple, comment l'atmosphère
est la proie des mêmes attaques dans une " letrilla ":
dulcísima fuerza, y tanta,
que herida della el viento,
silba cada vez contento...,
|
|
puis dans le Romance sonámbulo:
Mil panderos de cristal
herían la madrugada (v. 59-60).
|
|
Et voici de quelle façon les deux poètes offrent,
au moyen de la même image, le spectacle étrange et
merveilleux d'une figure circulaire et de son axe inattendu. Le
feu d'abord, et les murs d'une cité ensuite:
Llegó pues el mancebo, y
saludado…,
de los conducidores fue de cabras,
que a Vulcano tenían coronado;
|
|
... Mérida se corona
de nardos casi despiertos
y tallos de zarzamora.
|
|
Parlons à présent du verbe " pedir ", dont
les différentes acceptions s'opposent en toute logique à
celles du verbe " dar " que nous avons étudié
plus haut. Il est souvent le point de départ pour la création
d'images aussi étranges que caractéristiques:
... fieras... que - al teñido
suelo,
muertas, pidiendo términos disformes -
espumoso coral le dan al Tormes.
|
|
Ainsi se complète, dans la dédicace de la Soledad
primera, une scène déjà rencontrée.
Et remarquons de quelle façon, alors que Góngora se
plaît à combiner des tournures stylistiques de types
divers pour atteindre ainsi sa complexité syntaxique bien
connue, Lorca se contente de les employer séparément:
Su desnudo...........
pide copos a su vientre
y granizos a sus espaldas.
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Telle est, illuminée par la lune, Thamar dansant et chantant
nue sur la terrasse.
J’en finirai avec cette promenade à travers un monde
gitan, qui ne l'est pas toujours, exactement comme je l'ai fait
pour le Libro de poemas, soit avec l'exemple à mon
sens le plus décisif de tous ceux que nous avons vus. Voici
comment Góngora évoque l'une de ses fameuses "
batallas de amor ":
Ganando, pues, cielo a dedos
el rapaz con este ardid,
perdió Cloris tierra a palmos
entre uno y otro alhelí.
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Lorca peint une scène identique:
Las orillas de la luna
pierden juncos, ganan voces.
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Il y utilise l'opposition verbale gongorine avec une grande sobriété
et atteint de la sorte, en un vers à deux membres très
concis, un mystère si profond que le sens en devient difficilement
préhensible. Près d'un cours d'eau - Darro, Genil
- à la surface duquel se reflète l'astre de la nuit
(lorquisme connu) qui, pour cette raison, est entouré de
joncs, s'élèvent des voix, en même temps que
se brisent, sous le poids des corps, les tiges desdites plantes
dont le reflet disparaît alors. Ne quittons pas ce splendide
gongorisme sans émettre une hypothèse: c'est dans
les mêmes vers de don Luis que Federico a pu trouver l'origine
de toutes les blessures florales qui ornent le corps martyrisé
de ses héros gitans. Aux " alhelíes " de
Cloris correspondraient alors les " lirios " et la "
granada " de Juan Antonio el de Montilla (Reyerta),
les trois cents " rosas morenas " du fiancé (Romance
sonámbulo), les mille " arbolillos de sangre "
de sainte Eulalie (Martirio de Santa Olalla), et, avec
plus de similitude encore, la " flor martirizada " de
Thamar.
Dans les structures pseudo-mauresques du Diván del Tamarit
on trouve également des images de style gongorin fort réussies.
C'est le cas dans la Gacela del mercado matutino où
Lorca reprend, en les élaborant, quelques tropes de la Renaissance,
d'usage courant à l'époque de Góngora; par
exemple " nieve " et " cristal " dans la première
strophe:
¿ Qué luna gris de
las nueve
te desangró la mejilla ?
¿ Quién recoge tu semilla
de llamarada en la nieve ?
¿ Qué alfiler de cactus breve
asesina tu cristal ?
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Et, dans le même poème, on peut voir construite autour
de la même fleur - l'œillet -, une image:
¡ Qué clavel enajenado
en los montones de trigo ! (v. 17-18)
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infiniment proche du tableau suivant que j'extraie de la "
letrilla " n° 194 de Góngora " Al nacimiento
de Cristo Nuestro Señor ":
Caído se le ha un clavel
hoy a la Aurora del seno:
¡ Qué glorioso que está el heno
porque ha caído sobre él !
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Dans les deux cas il s'agit, bien sûr, d'un œillet symbolique,
celui de Góngora étant traité " a lo divino
", et de la façon la plus traditionnelle qui soit. Ailleurs,
dans la Gacela del amor imprevisto, le poète de
Grenade crée deux splendides métaphores que n'aurait
pas désavouées celui de Cordoue:
Nadie sabía que martirizabas
un colibrí de amor entre los dientes (v. 3-4),
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ou... comment on donne un baiser " profond ", avant de
préciser ses intentions:
... yo enlazaba..............
tu cintura, enemiga de la nieve (v. 7-8).
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Après tant de blancheur, revenons à la première
des deux " gacelas " citées pour y mettre en relief
l'emploi très gongorin du verbe " beber " que l'on
trouve dans le second des " estribillos " glosés
par Federico:
Por el arco de Elvira
voy a verte pasar,
para beber tus ojos
y ponerme a llorar.
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Satisfaction visuelle intense de l'amoureux contemplant l'être
aimé. Pour sa part, Góngora avait teint la scène
de narcissisme qui devait faire de 'objet de la contemplation non
plus le regard mais le visage tout entier:
De pechos sobre el estanque
hace que a ratos estén
bebiendo sus dulces ojos
su hermoso parecer.
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Enfin, mettons un point final au survol de cette Gacela del
mercado matutino, décidément très riche
en néo-gongorismes, pour reprendre notre premier exemple.
Il est troublant d'y constater à quel point le lexique utilisé
par Lorca dans les deux vers suivants:
¿ Qué alfiler de
cactus breve
asesina tu cristal ?, |
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ainsi que l'acte évoqué - blessure sur l'épiderme
féminin causé par un objet extrêmement pointu
-, semblent bien provenir d'un sonnet de Góngora:
.... insidioso latón breve
en los cristales de su bella mano
sacrílego divina sangre bebe.
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Et seuls ignoreront le néo-gongorisme - bel exemple de "
sensualité florale " - que constituent les vers suivants,
ceux qui n'y auront pas reconnu une nouvelle scène guerrière
sur un " campo de pluma ":
…Rasgué mis venas,
tigre y paloma, sobre tu cintura
en duelo de mordiscos y azucenas.
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J'en terminerai avec cette série de citations en examinant
les grands poèmes contemporains de la Soledad insegura
dont Lorca parle souvent dans sa correspondance. Il s'agit essentiellement
de la Oda a Salvador Dalí et des fragments connus
de La sirena y el carabinero. On y relève en effet
des traces gongorines, mais - c'est assez curieux - réduites,
exception faite d'un exemple dont je parlerai plus longuement, à
quelques exemplaires très intéressants de vers à
deux membres, comme si l'emploi du vers long avait inspiré
cette unique tournure stylistique à Federico. Voici les vers
en question:
- (Cadaqués) eleva escalinatas
y oculta caracolas
- El pez en la pecera y el pájaro en la jaula
- canciones de bambú y estribillos de nieve
- un Ecuador sin lumbre y una China sin aire.
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Il reste que la preuve la plus décisive de cette influence
gongorine - limitée mais évidente - se trouve dans
la seconde strophe de La sirena y el carabinero. Dans sa lettre
n° 5 à Jorge Guillén déjà citée,
Lorca avait également transcrit intégralement le poème
qui nous intéresse. Cette lettre est du début mai
1926, et le texte, d'abord publié par La Gaceta Literaria
(1° mai 1927), recueilli ensuite pour les O. C. de Lorca - Losada
puis Aguilar - présente quelques variantes par rapport à
celui qu'avait reçu Guillén. Il nous intéresse
seulement de savoir que le début de la seconde strophe dans
la transcription épistolaire (“ Barcas y gallos abren
alas de pluma y lino “) deviendra dans le texte publié
“ Alas de pluma y lino, barcos y gallos abren “. Lisons
ces deux vers à haute voix; l'impression est rien moins que
prodigieuse. Le premier n'est pas " du Góngora ";
le deuxième, oui. Or ce changement de lecture intervient
pendant l'époque d'activité pro-gongorine la plus
intense, et il n'est pas douteux que c'est dans cette perspective
que s'inscrit le remaniement du vers en question.
Je ne saurais dire, en revanche, si Lorca se trouvait dans le même
état d'esprit lorsqu'il écrivait les brèves
compositions du Poema del Cante Jondo qu'il dédie
au guitariste Regino Sainz de la Maza sous le titre générique
de Seis caprichos. Elsa Dehennin y voit la présence gongorine
la plus claire, alléguant que l'humour dans lequel baignent
la " guitarra ", le " candil ", le " crótalo
" - dont l'identité avec la " castañuela
" semble échapper quelque peu à l'hispaniste
belge -, la " chumbera ", la " pita " et la
" cruz " sous leur aspect stylisé n'est pas sans
rappeler celui que manifestait don Luis en de nombreuses occasions.
Le fait est que ces six caprices constituent l'empire de l'image,
et que Lorca y a donné libre cours à sa virtuosité
technique et à sa joviale fantaisie, ainsi qu'à sa
profonde connaissance de l'âme andalouse. En réalité,
s'il est quelque chose de plus particulièrement gongorin
dans ces brefs poèmes - en dehors de cet humour si fréquent
alors chez tous les tenants de l'art nouveau (et pas seulement en
littérature) - il ne peut s'agir que du " caprice "
Chumbera, dans lequel, sous une forme d'une extraordinaire sobriété,
mais d'une plastique admirable, Federico renouvelle, en les actualisant
dans la nature andalouse, quelques thèmes mythologiques archiconnus.
J'ai gardé pour la bonne bouche cette Cancioncilla sevillana
que le poète dédie à la fille de Pedro Salinas
vers 1920 (retenons encore la date, elle est importante). Dans ce
délicieux petit poème du livre Canciones
apparaît l'authentique Lorca, qui n'est pas le troubadour
exclusivement nourri de tradition orale, ni l'érudit que
certains s'efforcent d'inventer par réaction contre ceux
qui lui ont longtemps refusé toute culture, mais plus simplement
un créateur attentif à toutes les manifestations de
l'esprit humain, et un poète capable d'harmoniser, en les
glosant, quelques vers extraits d'une chanson enfantine:
(Sillita de oro
para el moro.
Silla de oropel
para su mujer.),
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et d'autres en provenance de la plume et du génie d'une gloire
littéraire, Góngora:
¿ Dónde estará
la miel ?
Está en la flor azul,
Isabel.
En la flor,
del romero aquel.
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Il est temps de conclure. García Lorca avait lu Góngora
- non seulement des passages des Soledades, mais probablement
plusieurs romances, des " letrillas ", de nombreux sonnets
et, évidemment, les grands poèmes - et il a commencé
à le faire bien avant la rafale néo-gongorine des
années 1926-1927. N'oublions pas que les ouvrages de Lucien-Paul
Thomas, Le lyrisme et la préciosité cultiste en Espagne
et Góngora et le gongorisme considérés dans
leurs rapports avec le Marinisme, furent publiés respectivement
en 1909 et 1910, et que, par conséquent, Federico avait pu
les lire et y étudier la poésie gongorine. Par ailleurs,
l'édition de Foulché-Delbosc était sur le point
de paraître... Le poète de Grenade a retenu de son
glorieux aîné ce qui convenait le mieux à son
idéal poétique des années 20, et il a vu en
lui l'ombre prestigieuse susceptible de cautionner en partie ses
propres efforts de rénovation lyrique. Il y a trouvé
quelques images, des traitements curieux de thèmes et de
vocables, et un nombre réduit de tournures stylistiques -
parmi celles de moindre complexité syntaxique - qu'il allait
utiliser en les réélaborant, mais en se gardant bien
de les répéter, exception faite de quelques éléments
comme l'emploi de la couleur " verde " - que toute la
poétique de l'époque reprend à satiété
- ou celui de la synesthésie, présente dans toute
son œuvre. Il ne faut pas chercher des influences gongorines
constitutives de sa poétique, mais, parfois, la silhouette
lointaine et souriante de don Luis qui n'a jamais paralysé
Federico. La meilleure preuve en est que, au moment même où
il composait la Soledad insegura et les grands poèmes
cités dans ce chapitre, il écrivait aussi Estampa
del cielo, Tres historietas del viento, Herbarios, etc... qui
ne doivent rien à l'exemple du Cordouan. L'empreinte de Góngora
chez Lorca est patente déjà en 1918; elle se précisera
intensément au moment de la grande flambée de fin
1925 à début 1928, pour, ensuite, céder le
pas à d'autres stimulants. L'expérience new-yorkaise
de 1929 et les préoccupations sociales exprimées dans
son théâtre devaient déterminer un changement
soudain dans l'art de Lorca et l'éloigner de don Luis pour
un temps. Puis il y reviendra, en toute sérénité,
dans la période néo-classique de ses sonnets, avec
le retour à Garcilaso.
Le fait est qu'il renia - modérément - son exemplarité,
après l'avoir admiré, suivant en cela la démarche
de plusieurs autres gongoristes parmi les plus fervents. A une époque
de désintéressement social, poussés par le
seul souci de renouveler la poésie espagnole suivant les
régles de tous les " ismes " contemporains, ces
jeunes enthousiastes virent seulement en Góngora le réformateur
d'une langue et le démiurge passionné d'esthétique,
créateur de surprenantes beautés. Tout devait changer
avec l'avènement de la République, lorsque les uns
seraient convaincus de leur responsabilité politique - Alberti
- et les autres de la mission sociale qu'ils devaient assumer: Lorca.
Le poète de Fuente Vaqueros n'avait, pas plus que les autres,
saisi la complexe personnalité de l'auteur des Soledades,
ni l'authentique signification d'une œuvre profondément
ancrée dans l'Espagne de son temps. Dans le cas contraire,
peut-être la leçon de Góngora ne se serait-elle
pas limitée à ces fleurs de rhétorique, belles
mais, en définitive, relativement peu nombreuses qui, çà
et là, embellissent l'œuvre poétique de Federico
García Lorca.
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