|
|
|
AVANT-PROPOS
" ...il n'est pas d'exercice plus probant
que
d'expliquer un poète grâce aux signes
linguistiques que lui-même nous fournit"
Dario PUCCINI
(Dans le but d'aider les étudiants intéressés
par cette période de l'histoire de la littérature
espagnole, et, éventuellement, de faire plaisir aux hispanistes
de tout bord, j'ai l'intention de publier dans ce site, largement
revu et corrigé, le texte de mon livre. Voici tout d'abord
de quoi fixer l'esprit du lecteur sur le but de mes propres recherches)
Depuis la disparition de Federico García Lorca la critique
s’est, le plus souvent, consacrée à élucider
les circonstances de sa mort ou à voir dans son œuvre
le reflet, maintes fois morbide, d’une déviation sexuelle.
Ces deux tendances se sont,d’ailleurs, rejointes à
l’occasion pour expliquer la cause de l’une par l’existence
de l’autre; et ce, parfois, à des fins évidentes
de basse politique qui n’excluaient pas les visées
commerciales dans leur recherche du sensationnel.
Dans le meilleur des cas la première tendance a donné
lieu à des recherches - souvent menées avec un sérieux
et une ténacité non dénués de courage
- dont le mérite, outre la lumière jetée sur
le tragique événement, aura été d’ajouter
des éléments dignes de foi à la biographie
du poète. La seconde tendance, elle, a eu pour résultat
le plus discutable de donner naissance à une " école
lorquienne " pseudo-psychanalytique et à une série
d’interprétations " freudiennes " de l’œuvre
de Federico qui enlèvent à ce dernier toute responsabilité
créatrice.
A côté de ces deux attitudes, toujours en vigueur,
il en existe une troisième qui s’est donné pour
objet l’étude d’un matériel linguistique
essentiellement fondé sur le symbolisme du lexique et, à
la limite, sur l’élucidation de certaines images. Cette
démarche, indispensable approche littéraire d’un
poète comme Lorca, au style essentiellement métaphorique,
aboutit parfois à une systématisation sémantique
du langage, regrettable dans la mesure où elle fige un univers
poétique dont elle rend l’accès plus difficile.
Enfin, allant plus au fond des choses, reconnaissant au poète
la pleine conscience - qu’il a lui-même, maintes fois
revendiquée - de son activité créatrice, et
sacrifiant à un esprit cartésien que d’aucuns
déclarent incompatible avec le plaisir esthétique,
quelques tentatives d’interprétation totale de tel
ou tel poème ont essayé de rendre à la logique
poétique la place qui, à mon sens, lui revient de
droit: la première. C’est dans cette ligne que s’inscrivent
mes recherches.
Partant de là, mon propos peut sembler banal, trop "
universitaire " peut-être: " expliquer " la
poésie lorquienne en accordant une place primordiale au sujet
traité - autrement dit à ce que le poète a
voulu exprimer -, sans pour autant négliger, bien au contraire,
les différents moules d’expression qu’il a utilisés.
Et cela sans m’interdire, à aucun moment, de recourir
à tout élément biographique ou culturel susceptible
de m’aider à mener à bien des analyses que j’ai
toujours voulues inscrites dans l’ensemble d’une œuvre
qui, malgré sa grande diversité formelle, révèle
une profonde homogénéité de pensée.
Cela dit, je ne pouvais envisager, pour " toute " l’œuvre
en vers de Lorca, une interprétation exhaustive à
l’image de celle que j’ai réalisée pour
le seul Romancero gitano. Le résultat obtenu dans
ce cas donne une idée assez précise des dimensions
qu’aurait alors prises cet ouvrage. Malgré tout, ne
voulant rien oublier d’essentiel dans la démarche créatrice
du poète, aux différentes époques de sa vie
- et compte tenu de l’attrait qu’excerçaient
sur lui, parfois simultanément, les techniques des nombreuses
tendances artistiques du premier tiers de ce siècle -, je
me suis efforcé de ne rien négliger d’important
concernant les écrits poétiques que je n’ai
pas directement retenus dans le plan de mon travail. Le souci d’éviter,
dans la mesure du possible, d’enfoncer des portes ouvertes
explique également mon attitude.
Peut-être n’ai-je pas toujours su éviter ce travers.
La cause en est, le plus souvent, que, bien qu’ayant fait
de mon mieux pour tenir mon travail a jour, il ne m’a pas
été matériellement possible d’utiliser
la totalité des livres ou des articles sur Lorca qui continuent
de paraître en flot ininterrompu, prouvant ainsi combien il
reste présent parmi nous. Aussi ne sera-t-on pas étonné
si j’ajoute, avant de clore ces quelques lignes en guise de
préambule, que les pages qui vont suivre ne constituent pas
mon dernier mot sur Lorca et son œuvre.
Enfin, après avoir reconnu ma dette envers nombre de chercheurs
qui m’ont précédé sur le chemin du lorquisme,
j’exprimerai ma reconnaissance envers ceux qui, vivants ou
aujourd’hui disparus, ont contribué, en me fournissant
de précieux témoignages ou en dissipant mes doutes,
à l’élaboration de ce livre. Je ne saurais les
citer tous, mais je garde un souvenir ému de mes conversations
avec José Luis Franco Grande, Manuel Angeles Ortiz et Jorge
Guillén. J’ai toujours trouvé réponse
à mes questions auprès d’Angel Caffarena, Rafael
Martínez Nadal, José Luis Cano, Arturo del Hoyo, Antonio
Buero Vallejo et Emilio García Gómez. Et je n’oublierai
jamais l’amitié d’Ana María Dalí
qui m’a toujours ouvert la porte de sa blanche maison de Cadaqués
- là même où séjourna Federico ! -, et
avec qui, pendant quinze ans, j’ai entretenu une inestimable
correspondance.
A elle, et à Robert Jammes - précieux conseiller -,
toute ma gratitude.
|
|