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LORCA EN FRANÇAIS
Traduttore traditore ?
(expression italienne)
Problèmes de traduction:
Dans un article publié il y a très longtemps je signalais
à l'attention du lecteur français ce qu'une traduction
erronée pouvait avoir de désastreux pour la compréhension
d'un poème déjà fort difficile dans sa langue
d'origine: Romance sonámbulo. Je ne faisais qu'effleurer
un sujet passionnant et controversé que peut résumer
la question suivante:
"Doit-on se contenter, en poésie, d'une technique prosaïque
de traduction, ou bien faut-il, sans avoir la prétention
de recréer un poème, en proposer une version qui permettra
au lecteur étranger de se faire une idée, aussi précise
que possible, du style propre à l'auteur traduit ?"
De la traduction plate et impersonnelle, généralement
pratiquée, à l'adaptation - la recréation,
parfois - d'une uvre en vers, il y a depuis toujours matière
à discussion et diversité de tentatives. La poésie
lorquienne, elle, est excessivement difficile à rendre en
langue étrangère, et pour ce qui nous concerne, en
français. J'en suis bien d'accord. Mais je n'ai jamais compris
ce constat dès lors que, dans l'esprit du traducteur, il
s'agit uniquement de transmettre le fond en négligeant la
forme. A ce niveau-là il n'est pas plus ardu de traduire
un poète symboliste comme Lorca que la poésie directement
accessible d'un Antonio Machado.
Il est pourtant extrêmement rare de trouver des écrits
de Lorca pour lesquels le traducteur n'a pas, à un moment
ou à un autre, cédé à la tentation d'une
"trouvaille" stylistique, même lorsque le texte
concerné n'a que très peu de chances de toucher le
grand public. Cela s'est produit avec les vers suivants, non retenus
pour la version définitive de La zapatera prodigiosa,
mais qui trottaient encore dans la mémoire du poète
en 1933:
Cuando fuiste novio mío
por la primavera blanca,
los cascos de tu caballo
cuatro sollozos de plata. |
Lorsque nous étions fiancés
dans la blancheur du printemps,
les sabots de ton cheval
étaient des sanglots d'argent. |
La traduction proposée est de Marie Laffranque, et on y remarque
le souci de conserver une certaine élégance formelle
(premier vers) et la satisfaction de donner un équivalent à
l'assonance espagnole (vers 2 et 4).
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